C’est dans un café au style de drive-in américain et à la climatisation anormalement fra?che que la rencontre débute. Quelques questions d’échauffement en regardant le menu. Hady commande une salade grecque presque en s’excusant?: ? Je sors tout juste du bureau et je n’ai pas eu le temps de déjeuner. ? Dans un monologue polyglotte où se mêlent l’arabe, l’anglais et le fran?ais, Hady revient sur les raisons de son engagement dans la révolution égyptienne. ? Je ne supportais plus d’être davantage respecté à l’étranger que dans mon propre pays. Ici, l’humiliation est quotidienne. La police soutire de l’argent aux Egyptiens à la moindre occasion, les systèmes de santé et éducatif sont en panne, les mendiants assurent leur survie en tendant la main et les rues sont sales et mal entretenues. Il fallait que cela cesse.??
Il parle avec émotion de l’ancien Hady, ce jeune de 28 ans issu d’un milieu aisé et travaillant pour une société pétrolière européenne. ? J’attendais le week-end avec impatience pour sortir et m’amuser avec les amis dans les endroits à la mode. Si je m’indignais, alors je m’exprimais en changeant mon statut Facebook, mais du jour au lendemain, tout à changé. Il a fallu passer du virtuel au réel, pour l’avenir de mon pays. De nombreuses personnes autour de moi avaient peur de se rendre au centre-ville. Elles préféraient rester toute la journée devant les cha?nes de télévision qui ne rapportaient pas la vérité. Après le travail, je n’hésitais pas à aller manifester sur la place Tahrir. Chaque jour. Sans réellement respecter le couvre-feu. J’y ai découvert un autre monde, très éloigné de celui dans lequel j’évoluais. C’était pourtant l’Egypte que je c?toyais là-bas. Celle des pauvres et des riches. J’y ai vu de l’espoir, de la joie, de l’unité mais aussi du sang et des morts ; tout cela a créé des liens très forts avec des personnes que je n’aurais pas fréquentées auparavant. ?
Sur cette place noire de monde, nuit et jour, la vie s’est peu à peu organisée. La place a même été rebaptisée Tahrir Republic. ? Il y avait une clinique de fortune avec des médecins en blouse blanches, un point d’eau, un coin nuit et des vivres pour plusieurs jours. Nous achetions en grande quantité car nous ne savions pas combien de temps cela allait durer. Ce qui était s?r, c’est que nous étions prêts à rester jusqu’à la chute de Moubarak ?, affirme Hady d’un air déterminé. ? Nous vivions un rêve éveillé ; personne n’aurait pu prévoir l’ampleur de cette mobilisation. ? Manifester et faire entendre son opinion ne font pas – ne faisait pas – partie de la culture égyptienne.
Aujourd’hui, la place Tahrir n’est pas totalement vide. Mercredi 23 février, des manifestants s’y sont rendus pour soutenir le peuple libyen ; la veille, c’était au tour des policiers de s’y rassembler pour demander une augmentation de leur salaire. L’Egypte est en pleine restructuration. L’armée occupe les rues et assure l’intérim de la présidence et le pays n’a plus ni constitution, ni parlement. Les mouvements d’opposition ou les associations caritatives multiplient les réunions publiques afin de sensibiliser les citoyens à l’entraide et aux défis qu’ils devront relever au cours des prochaines années.
A son échelle, Hady essaie d’apporter une aide financière à ceux qui ont perdu un membre de leur famille au cours des manifestations. ? Je pense me rendre à Suez pour remettre plusieurs milliers de livres à une famille. Le choix était très difficile à faire tant les familles de victimes étaient nombreuses. ? Conscient du chemin déjà parcouru, Hady rappelle qu’il ne faut pas baisser les bras maintenant et ? incite tous les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales pour être prêts au moment de l’élection présidentielle de septembre ?. Lorsqu’on aborde le sujet du rapport de l’armée au pouvoir, Hady a un souhait bien précis?: ? Nous n’avons pas le choix mais ce qui est certain, c’est que je souhaite un président issu du monde civil. ?
Aujourd’hui, sa photo de profil Facebook arbore le drapeau de son pays sur lequel est inscrit en anglais?: ? Je suis égyptien et fier de l’être. ? Il ajoute, face à moi, espérer ? être fier d’être arabe ? mais se veut confiant en constatant le nombre de pays qui ont embo?té le pas aux révolutions tunisienne et égyptienne. Le rêve de Hady semble à moitié réalisé.
montres chopard
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